Dans les couloirs de Solferino, la profusion de textes régionaux, inédite dans l'histoire récente du Parti socialiste, ne trompe
personne. « Ce n'est pas parce qu'on appartient à la même fédération qu'on pense tous la même chose ! » ironise le député du Nord Yves Durand, proche de Martine Aubry. En revanche,
les considérations tactiques sautent aux yeux. Les uns, comme Gérard Collomb ou Jean-Noël Guérini, entendent jouer un rôle national. Dès aujourd'hui, ils montrent leurs muscles pour devenir
les faiseurs de roi au congrès de Reims, mi-novembre. Puis, en échange de leur ralliement, ils négocieront quelques postes stratégiques au sein du PS nouvelle mouture. D'autres, comme
certains barons nordistes, cherchent au contraire à ce que « rien ne bouge au sein du parti » , regrette Jean-Jacques Urvoas, député du Finistère. « Ce sont des contributions de
gel » , ajoute, un peu dépité, Yves Durand. Elles ont un objectif, que partage aussi François Hollande : ni Bertrand Delanoë ni Ségolène Royal à la tête du PS. En clair, surtout pas un
leader susceptible de prendre, un jour, l'Elysée !
C'est en effet une règle quasi immuable en politique : gagner les élections nationales, c'est le meilleur moyen de perdre toutes
les élections locales qui s'ensuivent. Frédéric Bon et Michel-Antoine Burnier avaient théorisé ce mécanisme dans les années 80 avec un livre au titre éloquent (« Que le meilleur perde. Eloge
de la défaite en politique »). Le PS a pu le vérifier sur pièces lorsqu'il était aux affaires avec Lionel Jospin : aux municipales de 2001, il perd une vingtaine de villes de plus de 30 000
habitants. En revanche, en 2004, le PS passé dans l'opposition retrouve des couleurs : il emporte 12 régions pour en contrôler, au final, 20 sur 22.
Plus que jamais, les ténors locaux du Parti socialiste tiennent à préserver leurs baronnies, et les privilèges afférents. Le rose
est aujourd'hui partout : en plus des 20 régions, le PS détient 58 des 100 départements et 84 villes de plus de 50 000 habitants. Des centaines de féodalités qui lui procurent des postes
d'élus, de conseillers, d'assistants. Ainsi, dans le bastion rose du Nord, les socialistes se répartissent une trentaine de postes de conseillers municipaux à la ville de Lille, plus de 50 à
l'agglo, 45 au conseil général et, hors du département, 44 fauteuils d'élus à la région. Un sacré gâteau, enrichi par le montant des indemnités : un conseiller, régional ou général, gagne
environ 2 500 euros...
En regard de ces prébendes, la victoire à l'Elysée d'un Bertrand Delanoë ou d'une Ségolène Royal pèse peu. Certes, les socialistes
les plus éminents y gagneraient un maroquin ministériel et le droit de nommer quelques dizaines de conseillers. Mais combien, parmi les 33 000 élus que compte le PS (soit 20,6 % de ses
adhérents), risquent d'être ensuite évincés de leurs sièges ? « Il y a un risque de dérive molletiste » , s'alarme la députée Elisabeth Guigou en référence au dépérissement de la
SFIO, recroquevillée dans ses fiefs. En prenant les rênes du PS en 1971, François Mitterrand l'avait transformé en machine à conquérir le pouvoir. Près de quarante ans après, Bertrand
Delanoë, Ségolène Royal ou un troisième candidat sauront-ils faire de Reims un nouvel Epinay ?
Michel Revol le Point .fr
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