La disparition d'Ingrid me rend triste comme vous tous. 10 militants, à elle seule! C'est comme cela qu'elle m'est apparue, quand je l'ai rencontrée dans la campagne des Présidentielles. Un bloc d'énergie, tournée vers l'action, méthodique et déterminée. Les beaux discours, les paroles creuses, les jeux politiciens, la faisaient fulminer. Elle plaçait au-dessus de tout, la sincérité de l'engagement et la cohérence entre les paroles et les actes. Elle était exigeante et pouvait avoir la dent dure. Pour exprimer ses convictions, elle n'employait pas un langage policé, préférant les positions tranchées. Et parce que c'était elle, sa parole était écoutée. Plus tard, avec la pré-campagne des Municipales, les choses se sont peu à peu obscurcies. Sans doute déjà affaiblie par la maladie, qu'elle combattait en silence, son humeur est devenue plus ombrageuse, son envie d'en découdre plus ardente, son engagement personnel plus impatient. Maintenant que nous connaissons la fin de son histoire, nous pouvons nous reprocher de l'avoir laissée s'exposer, de ne pas l'avoir mise en garde contre elle-même. De ne pas avoir su la protéger. De ne pas l'avoir défendue comme elle le méritait, ce jour sinistre où notre liste pour les Municipales fut arrêtée en AG sans qu'y figure son nom. Ensuite est venu le silence. Puis la petite flamme de sa vie s'est éteinte. Je veux me souvenir d'Ingrid en pensant à son appartement lumineux, perché au milieu du ciel, à son goût raffiné, à sa beauté toujours éclatante, à sa voix grave et à son bel accent d'Outre-Rhin.
Mon coeur, pourquoi ces noirs présages? Je suis triste à mourir. Une histoire des anciens âges hante mon souvenir.
Déjà l'air fraîchit, le soir tombe, sur le Rhin grondant; seul, un haut rocher qui surplombe brille aux feux du couchant.
Là-haut, des nymphes la plus belle, assise rêve encore; sa main où la bague étincelle, peigne ses cheveux d'or.
Le peigne est magique. Elle chante, timbre étrange et vainqueur; tremblez, fuyez, la voix touchante ensorcelle le coeur.
Dans sa barque, l'homme qui passe, pris d'un soudain transport, sans le voir, les yeux dans l'espace, vient sur l'écueil de mort.
L'écueil brise, le gouffre enserre, la nacelle est noyée
et voilà le mal que peut faire Loreley sur son rocher.
(H. Heine, Loreley)
André
publié dans : Parti socialiste Paris Paris 16 commentaires (0) recommander

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